Forum de Zongo - ESU: cinq réformes en 42 ans

Depuis la première réforme de 1971, le système éducatif congolais connaît quatre réformes incapables d’aboutir. La loi cadre votée à la session parlementaire de janvier 2014 compte “améliorer les prestations, enseignements y compris, dans les universités, instituts supérieurs et écoles supérieures». Les derniers enseignements de qualité remontent aux trois premières universités autonomes: l’Université de Lovanium créée en 1960 par l’Eglise catholique, l’UOC (Université Officielle du Congo) la même année à Lubumbashi par l’Etat et l’ULC (Université Libre du Congo) en 1963 à Kisangani par l’Eglise Protestante.

1ère réforme. Elle est consacrée par l’ordonnance loi n° 71/075 du 6 août 1971 portant création de l’UNACO (Université Nationale du Congo, devenue plus tard UNAZA). Les manifestations étudiantes du 4 juin 1971 entraînent la fermeture de Lovanium, l’enrôlement des étudiants dans l’armée et la nationalisation de tous les établissements d’enseignement supérieur et universitaire. Dès lors l’UNAZA, laïque et sous le contrôle direct de l’Etat, fusionne les trois universités qui deviennent UNAZA Campus de Lubumbashi, UNAZA Campus de Kinshasa, UNAZA Campus de Kisangani. Le système de gestion unique est conduit par un Conseil d’Administration - dénommé Conseil Révolutionnaire de l’UNAZA -  un Rectorat uniques, basés à Kinshasa. Le recteur est assisté des Vices recteurs à la tête de chaque Campus. Ceux-ci sont assistés chacun par un Secrétaire Général Académique et un Secrétaire Général Administratif. La réforme prône l’adaptation de l’enseignement universitaire aux besoins réels du développement. On soutient alors la professionnalisation de l’enseignement universitaire et l’usage rationnel des moyens.

Dans un contexte mi-politique, mi-technique, il faut donc démembrer, fusionner et répartir enseignants, étudiants, matériel, ouvrages pour l’équilibre des facultés unifiées de trois anciennes universités. Le chamboulement est ainsi quasi-total. Les Facultés de Médecine, de Droit, d’Economie et l’essentiel de la Faculté des sciences sont maintenues à Kinshasa et reçoivent enseignants et étudiants en provenance de l’ex-Université Officielle du Congo (Lubumbashi) ainsi que ceux de l’ancienne Université Libre du Congo (Kisangani).
A la faveur de la réforme, les Ecoles supérieurs, Ecoles normales Moyennes et Régences sont remplacées par une vingtaine d’Instituts supérieurs dont IBTP, IFA YANGAMBI, ISTI, IFASIC, ISEA, ISC, ISTM, ISDR, ISP, IFCEP…L’UNAZA finit par contracter «du plomb dans l’aile» écrit le Professeur Richard Ngub’Usim. L’enseignement croule sous plusieurs tutelles : instances du M.P.R., Ministère de l’ESURS ou de l’ESU, Présidence du Conseil d’Administration, Rectorat. Pire, le désengagement financier de l’Etat s’ajoute à l’absence de l’aide extérieure, l’assistance des églises protestantes scandinaves et suédoises s’étant arrêtée à la naitonalisation. L’Etat congolais ne parvient pas à répondre à la pression démographique. La solution est pour lui de libéraliser la création des établissements amplifiant ainsi l’enseignement des masses. Quatrième en nombre après la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, La RDC compte 752 établissements dont 381 publics et 371 privés.

2ème réforme: la réforme par l’ordonnance loi n° 81-025 du 3 octobre 1981 consacre la naissance des Université de Kinshasa, Université de Lubumbashi, Université de Kisangani. La dernière réforme remonte à 1981. Elle vise essentiellement :
- la décentralisation du système jugé administrativement trop lourd;
- l’autonomisation entière de chaque établissement de l’ESU;
- la reconstitution des facultés complètes au sein de chaque Université;
- la professionnalisation de chaque cycle d’études.
Une réforme dont le Professeur Richar Ngub’Usim dit: «ce n’est qu’un changement de nom, puisque gardant les mêmes missions que l’UNAZA». Le Prof Ngub’Usim, citant Léon de Saint Moulin («Evaluation des Résultats de l’Université catholique en RDC, Kinshasa, février 2000), dévoile l’effritement du budget national consacré à l’ESU. Le financement du système éducatif congolais en général a connu une chute progressive dès le début des années 80. De 25% en 1970, le budget de l’enseignement est tombé successivement à 7,38% en 1980, à 1,46 en 1989.

3ème réforme: la loi cadre n° 86/005 du 22 septembre 1986 libéralise l’enseignement national au primaire et secondaire (art. 49) à «Toute personne privée, physique ou morale, zaïroise ou étrangère».
4ème réforme: La décision d’état n° 75/CC/89 du 29 avril 1989 met fin au monopole de l’Etat en libéralisant la création des établissements d’enseignement supérieur et universitaire.
L’avant-dernière vient à la veille de la Conférence Nationale Souveraine dont les péripéties politiques ont  largement perturbé le cours des enseignements. Quarante  deux  ans  après,  toutes ces  réformes ressemblent à un saut dans le vide.

Jean Fundi Kiparamoto

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