Vie de femme à Kisangani

Du son de riz recyclé: salut pour les familles, JOURNAL KARIBU 23 mai 2012

Laissées pour compte, une certaine catégorie de femmes recycle du son de riz. Le riz de seconde qualité obtenu aide à subvenir aux besoins des familles quand le travail des maris tarde à venir.

« Ça c’est du chenge (prononcez tche-ngué), à peine trois gobelets au bout de presque une journée de tri », me dit Mado Donda, une trentaine, sans complexe, plutôt belle, debout au milieu de la poussière de son riz sur au moins 50m². Derrière elle, deux autres femmes, une quarantaine et une cinquantaine, tiennent le van au dessus de la tête en le secouant pour laisser s’envoler le son de riz afin d’obtenir du riz de seconde qualité appelé tche-ngué. Celui-ci, plutôt noirâtre et plus granulé que le riz ordinaire, se vend à 700FC le gobelet.

mado-donda-site-opt-1.jpegA Kisangani, on les trouve près du fleuve où fonctionnent cinq rizeries. En ville, on les voit vanner par groupe de cinq à dix, soit derrière la prison centrale, soit dans les environs du marché central, soit dans l’enclos même des rizeries. Les groupes se forment par tribu, par famille ou par voisinage. Nalisa Iyaba, 52 ans, vanne depuis dix ans en compagnie de ses deux petites sœurs, Mado Donda et Jeanne Iyaba, de sa belle sœur et de sa benjamine,benjamin-son-de-riz-opt-2.jpeg Kamoni, 8 ans, élève en 2ème année primaire. « Je vendais de la viande au marché avant de tomber sérieusement malade. Totalement démunies à la sortie de l’hôpital, je n’avais d’autre choix que de vanner du son de riz », témoigne Nalisa Iyaba, chef de file du groupe henya opérant près du fleuve Congo. « Comme toutes les autres, Kamoni, ma benjamine, m’aide à vanner », ajoute-t-elle. La fillette me regarde en souriant : « Viens, je vais te montrer comment je vanne », m’invite-t-elle, suivie de Mado.

Elles entrent toutes dans un concert de vanneuses où la poussière vole, circule, part dans tous les sens. Je suis le seul à me protéger le nez. Et toutes de s’en moquer : « Ah, ah, ah ! Tu vois papa journaliste, comment on tombe malade par ici ; nous n’avons pas le choix ». Au fait, les bénéfices qu’elles tirent de la vente du tche-ngué servent aussi un tout petit peu à se faire soigner. « Malade, cela fait 2 mois que je ne peux vanner. Le médecin m’a déconseillé d’inhaler de la poussière du son de riz », dit tristement Nelisa. « Tu sais papa journaliste, Dieu nous garde, nous tombons moins fréquemment malade de poussière que ceux qui ne vannent pas », dit avec fierté Shembo, vanneuse de l’écurie batetela derrière la prison centrale.

En moyenne, 800FC de gain par jour

« Nous n’achetons pas du son de riz. Sauf qu’après la vente du tche-ngué, on donne quelque argent au gérant de la rizerie », déclare tante Asase, cheftaine de l’écurie bambole, opérant dans l’enclos d’une rizerie au quartier Mama Mobutu. Après tri, le groupe gagne jusqu’à 70 gobelets de tche-ngué par jour pour un bénéfice de 7000FC à partager entre 6 vanneuses. « En cas de délestage, nous ne trions que 30 gobelets le jour », précise Koko Asase. « Avec ce que je gagne, je dois nourrir 6 petits-fils », dit-elle, « Moi, 3 enfants », dit la deuxième vanneuse, « Moi, 10 », dit la troisième, « Moi, 3 », dit la quatrième, « Moi, 4 », dit la quatrième, « Moi, un seul », dit la cinquième, « Et moi, 9 dont certains étudient à l’université », dit la dernière vanneuse. 

D’autres vanneuses, moins chanceuses, doivent acheter du son de riz pour vendre le gobelet de tche-ngué à moins de 100FC. « Nous achetons un sac à 500FC, pour trier difficilement 6 à 7 gobelets de tche-ngué », dit Nelisa Iyaba. « Cela peut faire un bénéfice qui me permet, non sans peine, de nourrir, de vêtir mon mari, mes enfant, moi-même et de payer le loyer », renchérit Mado qui vit avec une moyenne de 350FC par jour.

Joindre les deux bouts du mois…

mama-asase-son-de-riz-opt-2.jpegCertaines vanneuses déclarent être tentée de céder aux avances des gérants et travailleurs des rizeries tant ce qu’elles gagnent de la vente du tche-ngué ne leurs permet pas de nouer les deux bouts du mois. Les gérants de rizerie s’en défendent en disant que ce sont les vanneuses en mal d’argent qui les sollicitent. Des anonymes témoignent avoir vu les uns flirter avec les autres. Selon les mêmes témoignages, les vanneuses flirtent, non seulement avec des gérants, mais aussi avec les vendeurs de paddy et de riz blanc venus de l’arrière province.

Est-ce un combat où tous les coups sont permis ou simplement le combat de ces femmes ignorées jusqu’à l’existence?

Jean Fundi Kiparamoto

 

Date de dernière mise à jour : vendredi, 01 Juin 2012

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