RDC, Tshopo. Election des gouverneurs au 10 avril 2019. Portrait du candidat Faustin Boyemba.

HARMONIE, TRANSPARENCE ET COMPÉTENCES POUR UNE POLITIQUE HUMANISÉE

Le 10 avril 2019, treize candidats sollicitent le vote de vingt-huit députés provinciaux. Les états-majors peaufinent le programme d’action à présenter à l’Assemblée avant le jour J. C’est ce à quoi s’attelle ce matin-là le candidat indépendant Faustin Boyemba, en lunettes solaires sur la véranda de son impressionnante villa, calme et haut perchée, qui sent encore la fraicheur des couleurs. Chaussé de pantoufles, chemise en manches longues, d’une taille moyenne et plutôt svelte qui accuse un léger début d’embonpoint, l’hôte, 50 ans révolus, ôte ses lunettes, prêt à toutes les questions.

Boyemba portrait 4avril2019« Expérience d’une gestion transparente et responsable, de prof d’université, d’agriculteur et de coordonnateur des projets. Voilà ce que j’apporte pour le bonheur de la Tshopo une fois élu », assure Faustin Boyemba, candidat malheureux aux élections législatives du 30 décembre 2018. Il répète des propos tenus il y a deux mois lorsqu’il ressortait des bureaux de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) de la Tshopo après s’être inscrit sur la liste des candidats gouverneurs. « Harmonie et transparence avec les compétences locales sous un leadership collectif dans une vision commune », envisage-t-il.

Petit poisson deviendra grand…

Marié et père de sept enfants, Faustin Boyemba est né à Yangambi d’un cultivateur et agent de l’INERA. Il entreprend ses études primaires, secondaires et des humanités là même avant d’entrer à l’Université de Kisangani. Depuis, le jeune ambitieux de 40 ans est sorti docteur en sciences à l’Université de Bruxelles après y avoir défendu son DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) et sa thèse doctorale. Le candidat gouverneur se rappelle les boutades du père : « Il faut être comme eux ». Au jeune écolier de chaque fois clamer : « Papa, je rêve du prestige de diriger un jour ». A celui-ci de répliquer: « A condition que tu persévères dans les études jusqu’au haut du sommet ». Il y a cinquante ans, Yangambi, 100 kilomètres au nord de Kisangani, abritait la direction générale de l’INERA. Ingénieurs, chefs de centre, directeur général et président délégué général résidents sont restés dans leurs bonnes manières de diriger le modèle du professeur Boyemba.

Parcours de combattant

L’homme à plusieurs casquettes n’échappe point aux critiques. Les travailleurs de sa ferme comme ses collaborateurs le jugent très rigoureux. Le quartier s’interroge sur sa présence rare en lieux publics. « Je ne sais si ce sont des défauts ou des qualités. Je crois tout simplement que de là viennent l’abnégation et la discipline qui me permettent de réussir », estime-t-il. Agriculteur, en moins d’un an de l’initiative, sa porcherie à 11 km sur la route Banalia a fourni 60 cochons de race améliorée à la boucherie boyomaise. Il en reste 100 qui se multiplient. Le champ de Likenga, 17 kilomètres de Kisangani sur Kandangwa, a tout récemment produit 19 tonnes et demies de maïs pour nourrir Kisangani. Le Professeur Boyemba enseigne à la Faculté des Sciences de l’Université de Kisangani. Une bonne partie de l’année, il saute dans un avion entre deux période des cours pour assister à des conférences internationales sur la biodiversité et la gestion de l’environnement. On l’a vu aux conférences de Montpellier en France, en Belgique, en Allemagne, en Hollande, sans oublier la 1ère conférence internationale sur la biodiversité du Bassin du Congo en juin 2014 à Kisangani. Point focal de REDD+ à l’UNIKIS et coordonnateur des projets, le directeur de LECAFOR (Laboratoire d’Ecologie et d’Aménagement Forestier) a en glané et conduit plus d’un avec succès. Il est sur le point d’en gagner encore pour un éventuel champ d’arbre en région boyomaise destiné au captage du carbone dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques.

Malgré tout, la politique me tente…

Mais à faire autrement, une politique humanisée, une politique qui tienne compte de la participation effective à la gestion de la province des femmes et des personnes vivant avec handicap. Quand je luis demande ce qu’un homme largement à l’abri des besoins cherche en politique, il s’exclame : « Mais pour apporter mon expérience managériale et les exemples de gestion sous d’autres cieux au service de la société puisqu’une Tshopo mal gérée me révolte ». Il dit avoir compris lors de ses études en Belgique que le rôle du maire c’est de s’occuper de la ville et celui du bourgmestre de sa commune. Il s’agit pour Faustin Boyemba d’être un gouverneur de la Province de la Tshopo, villes, territoires, localités mis ensemble, et non pas du tout un gouverneur de la ville de Kisangani.

Une Tshopo développée, c’est possible. Pour y parvenir, trois choses comptent le plus pour lui : D’abord, l’harmonie à plusieurs niveaux. Il pense être à l’écoute de l’Assemblée provinciale, 1ère institution de la province, qui représente le peuple. Il compte laisser travailler les services selon leurs prérogatives et sans interférence. Pour lui, le respect des attributions de chacun, par exemple du Gouverneur et du Vice-gouverneur, garantit une attitude contraire à tout dictat de nature à déshumaniser son rapport à l’autre. Ensuite, la transparence de la manière la plus originale possible. « Je monterai un site internet où le gouvernorat aura l’obligation de publier les recettes provinciales mensuelles », assure-t-il d’un air sérieux. Enfin, les compétences locales qui signifient pour lui : « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Mais pas que, il faut travailler avec des gens qui connaissent et aiment la Tshopo, des Congolais qui s’engagent à travailler pour elle. Plus question d’importer des directeurs de cabinets d’Europe ou de la capitale.

Boyemba croit dur comme fer être à même de « sauver la province » avec l’aide d’un colistier, Edocin Ponea, 46 ans, lui rôdé dans les coulisses des mines et de la politique. Il a été tour à tour conseiller de la composante opposition de tous les gouverneurs qui se sont succédés au cours de la transition à l’époque de 1+4. Il a été pendant cinq ans administrateur de LONCOR, multinationale canadienne, dans l’exploitation des minerais dans le Nord-Kivu et la Province Orientale, administrateur chargé des finances, des relations publiques et des relations avec le gouvernement et la communauté. Boyemba compte beaucoup sur les qualités de son colistier qui, comme lui, est enseignant-chercheur à l’Université de Kisangani, agriculteur et rigoureux dans le travail.

Ce qu’il n’aime pas

Ce qu’il déteste le plus dans la gestion de la cité ? Le repli identitaire. L’homme se positionne contre la division et se veut rassembleur. A la question de savoir ce qu’il pense des candidats qui comptent sur le vote tribal, il désapprouve : « Je condamne ».

Jean Fundi Kiparamoto

Date de dernière mise à jour : lundi, 14 février 2022