Les femmes très impliquées dans les élections - Kisangani, Province orientale, RD Congo

Les femmes très impliquées dans les élections

par Jean Fundi Kiparamoto

jean-fundi-kiparamoto-1.png20 déc 2011 (Syfia Kisangani/Médias pour la paix et la démocratie) Les femmes de Kisangani ont été très présentes lors des scrutins de fin novembre, comme électrices d’abord et comme observatrices nombreuses et attentives. Mais aucune des 25 candidates, souvent mal connues des habitants, n'a été élue. 

A Kisangani, candidates  ou  témoins  de  partis  politiques,  agents  de  la  CENI  ou observatrices, simples électrices… À Kisangani, tout le monde s’accorde  à  constater  que  les  femmes  ont  massivement  participé  aux élections du 28 novembre, plus encore que lors du précédent scrutin en 2006.

Au niveau des candidatures, elles ont peiné cependant à s’imposer. Elles n’étaient ainsi que 25 (contre 22 en 2006) sur 232 candidats pour 5 sièges dans la circonscription de Kisangani. Les premiers résultats sortis des urnes étaient déjà  décevants. “Nos contacts dans les bureaux de vote ont révélé qu’aucune femme n’a été élue”, explique Maguy Libebele, journaliste, membre de la synergie des radios communautaires ayant couvert  les  élections.  Ainsi,  selon  les  dernières tendances,  Marie-France, candidate  de  la  Convention  des  Congolais  unis  (CCU)  n’était  pas  donnée favorite… Pourtant, il y a deux mois, elle croyait dur comme fer à sa victoire : “Je dis aux gens que pour nous femmes réussir cette élection est une deuxième indépendance, sinon ce sera la descente aux enfers !

“Se battre comme les hommes”

Si elles tardent à se faire élire, certaines sont toutefois davantage reconnues  dans  les  états-majors  politiques.  “Ma  fonction  m’a  demandé  beaucoup de militantisme. Quand notre candidat se décourageait au regard des tendances du scrutin, nous ne cessions de l’encourager. La pression, nous l’avons  supportée  tout  autant  que  les  hommes  !”,  affirme  Nana  Omoyi Lonu, directrice de campagne d’un candidat de la majorité présidentielle. “Ce travail était un test pour moi. Je pense me présenter comme candidate aux élections 2016”, ajoute-t-elle.

À  Kisangani,  pour  être  élues,  les  femmes  devront  auparavant  faire  des  efforts en direction des quelque 300 000 électeurs, en particulier de leurs électrices faiblement lettrées, de plus en plus nombreuses à voter. “Ces femmes n’ont entendu que certains noms. Les candidates ont été invisibles lors de la campagne”, constate Bernadette Uliel présidente de l’AEPUKIS, Association des  épouses  des  professeurs  de  l’Université  de  Kisangani. “Je  ne  peux  pas voter pour quelqu’un que je connais mal. Les hommes, eux, sont allés voir les femmes jusque dans le marché”, observe une journaliste.

Une  remise  en  question  qui  touche  aussi  les  associations  féministes,  la plupart des candidates ayant été formées par différentes OSC : COF (Collectif des femmes), CAFCO (Cadre permanent de concertation de la femme congolaise), AMACCO (Association des mamans commerçantes du Congo), etc. Cette membre de CAFCO, qui a requis l’anonymat, pense ainsi que “la mobilisation  des  électrices  et  le  soutien  aux  candidates  sont  venus  très tard. Il faudrait rectifier le tir pour les élections provinciales à venir”. Certains plaident pour des actions de plus grande ampleur. Pour le professeur Casimir Ngumbi de l’Université de Kisangani, “il faut battre une campagne de rappel, c’est-à-dire avoir été depuis longtemps en contact avec les populations avec des moyens conséquents. Se battre comme les hommes, la parité passe aussi par là !

Observatrices consciencieuses

photo-mongongo-implication-copy-1.jpgÀ condition, toutefois, de ne pas tomber dans les mêmes travers que leurs homologues masculins… “Les femmes veulent toutes être chefs. Pourquoi se présenter à 25  au lieu de 2 ou 3 ? Si elles avaient été moins nombreuses, les autres auraient eu un plus petit nombre à soutenir”, propose sœur Joséphine, de la congrégation de la Sainte Famille, formatrice d’observateurs. Elles devront sans doute aussi être plus solidaires entre elles. Bernadette Uliel regrette ainsi de n’avoir reçu que 200 des 400 représentantes de femmes des OSC attendues pour un culte de solidarité avec les candidates  et  seulement  15  des  25  candidates  invitées.  “Du  21  au  24  novembre, notre campagne a mobilisé des centaines d’électrices pour écouter les candidates, mais elles sont trop peu venues. Certaines ont même déclaré avoir oublié le rendez-vous…”, regrette, sous anonymat, un membre du CAFCO.

Globalement, les femmes se sont plus impliquées en tant qu’agentes ou observatrices dans les bureaux de vote. “Il y avait cinq femmes dans mon bureau : l’assesseur, l’assesseur suppléant, deux observatrices et moi-même !”, énumère fièrement Detty Abanakyeso, enseignante, présidente d’un bureau de vote dans la commune de Kabondo, qui ne comptait que deux hommes.

Selon Cosmas Kono, coordonnateur provincial de la Commission diocésaine Justice et Paix dans l’archidiocèse de Kisangani, “sur les 258 observateurs  formés,  40  %  étaient  des  femmes”.  Et  à  en  croire  sœur  Joséphine, elles ont fait un travail de qualité : “Au bureau de vote du collège Maele, sur  ne vingtaine de témoins, j’ai compté deux femmes seulement, mais, la plupart des hommes ont dormi pendant le dépouillement et sont partis sans avoir signé les procès-verbaux, alors que les deux femmes ont veillé jusqu’à la signature de ces PV le lendemain matin à 8 heures”.

Béni. Des jeunes filles mineures contraintes à la prostitution

(Syfia Béni/Vision Plus) La plupart des filles qui se prostituent dans les nombreuses maisons de tolérance de Beni sont mineures, parfois très jeunes. Abandonnées par leur famille, maltraitées ou chassées de chez elles, elles n'ont souvent pas d'autre choix. Une situation qui préoccupe vivement les Ong qui s'efforcent de les aider.

Un homme d'une cinquantaine d'années, impeccablement vêtu d'une veste en cuir et d'un jeans entre dans une maison de tolérance du quartier Kalinda en cellule Ntony à Beni. Parmi les filles présentes, il choisit la plus jeune, une fillette de tout juste 13 ans. Marché conclu, il l'entraîne dans la chambre… Une fois le client parti, la jeune fille raconte qu'orpheline de mère, elle n'avait pas d'autre choix que de se faire héberger ici car elle était soumise à de durs travaux et régulièrement chassée par sa nouvelle "mère". Pour la propriétaire de la maison, qui héberge en majorité des filles mineures, celles-ci sont un attrait pour les hommes qui viennent boire ici. Elles lui permettent de faire de bonnes affaires…

Selon les statistiques de l'Ong CERAO (Centre d'encadrement des enfants rescapés, accompagnés ou orphelins), la plupart des filles qui vendent leur corps, au vu et au su de tout le monde, dans ces lieux de prostitution qui se multiplient, ont entre 10 et 17 ans. Des chiffres qui font frémir ! Plus de 80% de ces filles viennent de Butembo à 54 km de Beni ont déclaré les mamans responsables de ces maisons de tolérance. Selon un responsable de CERAO, les enfants se retrouvent dans les rues suite au taux élevé de dislocations des foyers souvent liées aux mariages précoces dans la ville de Beni.

De dures conditions de vie

L'Ong Parlement d'enfants a ainsi recensé 175 filles mineures prostituées dans les quatre communes de la ville. La  responsable de l'Ong cite plusieurs causes qui sont à la base de cette situation dramatique : les séparations conjugales et la polygamie jettent des enfants dans la rue et les rendent vulnérables ; le manque d'éducation à la vie alors que, sans tabou, les parents devraient parler à leurs filles des conséquences fâcheuses de la prostitution et l'irresponsabilité de certains d'entre eux.

Pour Acope (Action concrète pour la protection de l'enfance), les guerres à répétition qui plongent les familles dans la misère sont la cause profonde de cette situation. Selon le responsable du service urbain du Genre, femme et famille, il s'y ajoute le comportement de certaines jeunes filles, qui prend de l'ampleur dans la ville : elles veulent imiter les filles plus nanties en vivant au dessus des moyens de leurs parents.

Selon un médecin échographe d’une clinique privée, la prostitution des très jeunes filles cause de graves préjudices à leur santé physique et psychologique. Exposées aux maladies sexuellement transmissibles, souvent contraintes à l’avortement (les habitants des quartiers confirment avoir retrouvé régulièrement des fœtus dans les fosses septiques), traumatisées durablement, elles perdent parfois tous sens de la moralité.

Des autorités locales contactées se disent dépassées par la situation d'autant qu'elle relève de différentes instances.  Depuis le mois d'août dernier, le directeur responsable de Cerao se préoccupe vivement d'identifier les maisons de tolérance hébergeant des mineures, de les sensibiliser en les regroupant dans des familles d'accueil pour évacuer leurs traumatismes. L'Ong leur apprend le tricotage et la coupe-couture pour qu’elles puissent se prendre en charge et, le cas échéant, retourner dans leurs familles biologiques. Pour l'instant, 50 filles retirées de ces QG (quartier général) sont en formation.

Alex Kighoma et Chantal Vinywa

Date de dernière mise à jour : jeudi, 17 Mai 2012

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