Epargne et crédit - une première en Province Orientale

Au cœur de l’atelier organisé par APIF et le Ministère provincial des Finances

Crise de confiance mutuelle, partant moins d’épargne et moins de crédit. Les uns se protègent en restreignant les crédits, les autres en thésaurisant. C’était la question à l’atelier du 20 mars à l’Alliance Française de Kisangani. 

Invités, d’une part, banques (RAWBANK, BIAC, BIC, BC, BCDC), institutions financières (FPI, Fonds de Promotion de l’Industrie, SOFIDE), coopératives d’épargne et de crédit (MECRECO, CODEFI) et, de l’autre, commerçants (PMEA, PMI), paysans et particuliers se sont rejeté la responsabilité. Or, avait précisé Saidi Mabruki, Coordonnateur de MECRECO (Mutuelles d’Epargnes et de Crédits), «l’épargne est un acte de confiance mutuelle qui permet d’accéder au crédit». Alphonse Ukeci, Milton Lonu Lonema et Charles Lotuta, respectivement ministres provinciaux des Finances, de l’Agriculture et Directeur général de l’APIF (Agence de Promotion des Investissements et de Financement) ont circonscris le cadre. Pour le premier, «c’est depuis 2013 que le gouvernement s’attèle à l’amélioration du climat des affaires au mieux du redécollage économique de la province», pour le deuxième, «dans l’esprit du PPPI (Partenariat Public-Privé et Investissement), le gouvernement attend de l’atelier des idées-forces», pour le dernier, «l’atelier se veut de promouvoir la culture de l’épargne en perspectives d’un accès facile aux crédits».

L’atelier avait connu deux temps forts: la sensibilisation, parfois applaudie,  conduite par un agent de l’APIF, les représentants des banques, institutions financières et coopératives, le débat sur les problèmes et leurs causes ainsi que la mise en commun des recommandations.Apif pour jk web

Mais comment redécoller lorsque, selon Aongo Lobangho, Chef de Division des PME, 85% des activités économiques de la province sont informelles et tenues par des PMEA, PMI et les gagne-petit sans possibilité d’accéder aux crédits. La province, disait le Directeur de la Banque Centrale, compte 9 banques pour plus de 10 millions d’habitants et 500 milles km2. Un participant a évoqué l’exemple de la ville frontalière d’Aru où, depuis les années 90, l’usage préfère le shilling ougandais au Francs congolais. Aongo estime que «même si la démonétisation de 1979 et les guerres expliquent pour une grande part leur faillite, il reste cependant vrai que la ribambelle des taxes asphyxie les PMEA autant que leur gestion familiale». En effet, difficile d’épargner lorsque trop de taxes réduisent les bénéfices. Par ailleurs, il n’existe pas de micro crédit pour les gagnepetits, avait déploré le chef de division des PME.

Aujourd’hui le risque de vol est le même à l’épargne comme à la maison.  La faillite de la plupart des coopératives d’épargne et de crédit a fini par les discréditer.  Le bal des faillites commence par COPEMECO, suivi de Gala Letu, La Cruche et COOPEC Imara en 2013). «Comment  épargner dans l’anogoisse de perdre notre argent sous la barbe de l’Etat», s’est interrogé Clément Badibanga, président de Peuple Solidaire, très applaudi dans la salle. Il réagissait aux propos de Joseph Amisi Mabruki de la MECRECO pour qui «épargner, c’est se prémunir contre le vol». Quant à l’agonisante CADECO (Caisse Générale d’Epargne du Congo), il reste peu d’espoir qu’elle remplisse encore sa vocation d’apprendre à la population la pratique l’épargne, d’octroyer des crédits aux gagne-petit et de financer les projets de développement. Les institutions de prêt se plaignent aussi des bénéficiaires insolvables ou qui, sous la barbe de l’Etat, prennent le large aussitôt le crédit obtenu. Christian Ombilingo, Directeur provincial a.i. du FPI (Fond de Promotion Industriel), a donné l’exemple du procès que, depuis 3 ans, son institution intente à un bénéficiaire insolvable. Bien plus, avait-il ajouté, la plupart des PMEA et PMI sont incapables de réunir les conditions d’obtention de crédit». Les participants ont plutôt mis en cause le clientélisme et les conditions d’octroi de crédit  trop dures. Tous ont plaint l’ingérence politique dans la gestion du FPI et de la SOFIDE. Le Directeur de la Banque Centrale, siège de Kisangani, a défendu sa boîte d’avoir signalé les coopératives à problèmes. A la Justice de faire son travail.

Craintes et ignorance

Pour sensibiliser PMEA, PMI et petits épargnants, quantité d’autres choses ont été dites. Selon le représentant de la Rawbank, Anselme Ngohe Muvughe, «la thésaurisation est surtout question de culture. Même les riches n’épargnent pas».  A ceux qui criaient à l’annonce des garanties,  le représentant de la CODEFI a fait savoir qu’il n’y a «pas de crédit sans garantie et que, par contre, un salaire régulier peut aussi servir de garantie». La BCDC annonçait que ses taux d’intérêt, entre 14 et 20% l’an, sont les plus bas du pays, avant d’ajouter que le client peut obtenir de crédit au consentement d’un tiers qui lui doit et ayant un compte à la BCDC. Ce que l’on devrait savoir, disait Evodie Tshimanga, Chargée de la clientèle de la BIAC (Banque Internationale pour l’Afrique au Congo), «l’épargne vous oblige à une utilisation rationnelle».
Aux banques, il a été recommandé d’alléger les conditions d’octroi de crédit tout en démystifiant l’image des banques. Pour monsieur tout le monde, une banque est un luxe. Au FPI et à la SOFIDE, de donner la chance à tout le monde d’accéder au crédit et non seulement aux recommandés d’un certain pouvoir. Côté PME, PMI, gagne-petit, le Directeur de la Banque Centrale, siège de Kisangani, avait conseillé «de ne placer son argent que dans une coopérative d’épargne agréée». Au gouvernement provincial, il a été recommandé de protéger les épargnants contre l’arnaque des coopératives. Aongo, avait affirmé que «rien ne vaut le financement de l’Etat dans l’épanouissement de l’épargne». 

 Jean Fundi Kiparamoto

Date de dernière mise à jour : mercredi, 16 Avril 2014

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