C-Change - vulgarisation et plaidoyer contre la double pandémie "violences sexuelles et VIH

Presque 20 ans après la conférence de Beijing, en Chine, où les termes "violences sexuelles" furent pris en compte, le nombre des victimes des violences sexuelles est loin de baisser en Province Orientale. Les statistiques de la Division Genre et de C – Change en province, présentées à la journée du 25 mai au restaurant La Fourchette à Kisangani ont fait froid au dos: 3 600 victimes recensées dans une partie seulement de la province entre 2010 et 2012. Dans le guide de plaidoyer remis aux participants intitulé "Agissez dès aujourd'hui", C-Change, pour démontrer le lien entre violences sexuelles et VIH, reprend les résultats d'une étude menée par UNFPA en 2012 sur 151 victimes: 9% d'entre elles ont attrapé le VIH et 47% les IST (infections sexuellement transmissibles).  

Des cinq exposés, celui de la Colonelle Marie Bagalet de la PSPEF (Police Spéciale de Protection de l'Enfant et de la Femme), et bien plus encore, celui d'Eustache Dunia, coordonnateur de C-Change, ont cristallisé l'attention. Si Colonelle a fait rire avec les révélations des rites initiatiques où le jeune circoncis, pour prouver sa virilité, était obligé de coucher avec une femme adulte, Eustache a brisé les tabous en présentant des photos grande résolution sur projecteur devant le gouverneur de province, les ministres, les députés et les membres de la Société civiles, tous silencieux comme dans un cimetière, tour à tour stupéfaits et prenant note.  Pour la première fois dans la tradition des ateliers, les participants sont restés sont restés abasourdis à la vue de photos  de sexe des femmes et jeune fille mutilé, comme celui d'une fille d'Ituri, percé de morceaux de bois ou celui d'une femme criblé de balles ou encore de cette vieille femme de 78 ans, le ventre gonflé à la suite des violences sexuelles infligées par un individu ou un groupe d'hommes.

Les exposés ont eu lieu au cours de la journée dite "de plaidoyer et de vulgarisation des lois sur les violences sexuelles, la protection de l'enfant et la protection des personnes vivant avec le VIH", devant le Gouverneur  de province, la Ministre de la Santé Publique, les Ministres de l'Energie et Mines, des Infrastructures et Travaux Publics, de la Communication et Presse, du Président de l'Assemblée provinciale, de quelques députés, des Chefs de Division, de la Chargée de Genre du PNUD et tant. Bref, des participants pour la plupart, leaders communautaires et membres des Organisations de la Société Civile. La journée a été organisée par le Gouvernement provincial en collaboration avec C-Change avec l'appui de l'USAID. Pour faire complet, C – Change a invité en salle,  Champagnat Musica, le seul orchestre de rumba spécialisée dans la musique thématique en Province Orientale, dont les chanteuses de rouge et noir vêtues on entonné quatre chansons basées sur la vih et les violences sexuelles.

Front commun contre les violences sexuelles

Il s'avère que, entre 2010 et 2012, les violences sexuelles se commettent en touts lieux, en toutes circonstances, en temps de paix comme en temps de guerre, au travail, à l'école, dans la rue, dans la brousse, sous le toit conjugal,  dans les églises, par les civils (72% des cas) dont les voisins, les membres de famille, les gens d'armes (policiers, militaires, miliciens). Les auteurs, jeunes et adultes, semblent ne pas inquiétés par la Justice. A ce sujet, la Chef de Division Genre et Famille, Isikisiki Beagaba, prévient que, "non seulement une victime des violences sexuelles développe des traumatismes (refus de parler, colère, peur, repli sur soi), mais aussi elle reste incapable de contribuer au développement de la société".

"Le gouvernement provincial s'allie en priorité à C-Change et aux Organisations de la Société Civile pour mettre en œuvre un programme de lutte contre les violences sexuelles. Le ministère de la Santé remercie USAID pour son appui à la lutte contre cette double pandémie et sollicite que  C-Change étende son action en d'autres contrées de la Province Orientale", a dit la ministre provinciale de la Santé Publique. Tout en prenant acte de l'appel de la ministre de faire en sorte que l'Assemblée provinciale veille à une ligne budgétaire spécifique sur les violences sexuelles, le Président de l'Assemblée, Philippe Masikini a suggéré de "mettre en place un comité de surveillance des décisions judiciaires".

Par où commencer la lutte?

"Difficile de savoir", ont reconnu les conférenciers. Toutefois, le combat doit s'engager sur plusieurs fronts. Maître Marie-José Otshumba, coordonnatrice de Clinique Juridique et avocate au barreau de Kisangani, a rappelé que le cadre juridique contre la violence existe en République Démocratique du Congo depuis l'année 2002 où fut promulguée la loi de 2002 du code militaire. Entre 2006 et 2009, quatre lois ont été promulguées par le Président Joseph Kabila: en 2006, deux lois spécifiquement pour réprimer les violences sexuelles et celles basées sur le genre ainsi qu'en 2008 et 2009, les lois n° 08/011 du 14 juillet et n° 0I/001 du 10 janvier, portant respectivement sur le vih et la protection de l'enfant. Malgré tout, fait-elle remarquer, ces lois sont ignorées de la population. A cela s'ajoute la réalité des victimes silencieuses, qui,  pour ne pas  perdre leur travail, presque consentantes se laissent violer tous les jours par les employeurs. Pour souligner l'ampleur de la lutte, Docteur Gisèle a prononcé une phrase: "la benjamine des victimes a 8 ans et la doyenne plus de 60".

La lutte semble perdue d'avance par un Tribunal de Paix ne suffit point sur près de 300 000 km², soit 7 territoires du district de la Tshopo,  Kisangani y compris. Maître Marie-José recommande deux choses au gouvernement: "en attendant, instaurer l'itinérance des chambres foraines commises à la poursuite des auteurs des violences sexuelles" et "créer un fond d'indemnisation des victimes pour compenser la pauvreté de la plupart des auteurs".

La Colonelle Bagalet ne croît pas non plus réussir la lutte avec le seul Tribunal pour Enfant à Bunia, alors que les mineurs se trouvent en bonne place parmi les auteurs. Les enfants, victimes ou auteurs, sont égaux devant la loi. Ce qui, des fois, rend indécise la PSPFE. "Les mineurs auteurs des violences n'ont pas le même statut. Nous les appelons  enfants en conflits avec la loi", précise-t-elle.

Eustache a fait savoir les résultats des études menées par C – Change dans la socialisation de l'enfant. Le poids des coutumes et de la tradition se remarque, a-t-il rapporté, dans les manuels scolaires où la fille ou la mère vend au marché, au garçon de garder la gibecière d'argent. Il s'agira donc pour les familles d'éduquer filles et garçons de la même manière.

Pour le gouvernement provincial, représente par le gouverneur Jean Bamanisa, il fallait commencer la lutte par un acte d'engagement qu'il a signé séance tenante. Il y est déclaré entre autres "nous, membres du gouvernement provincial remercions USAID pour avoir organisé à l'intention des membres du gouvernement la journée de plaidoyer et de vulgarisation des lois sur les violences sexuelles… prenons le ferme engagement de protéger les PVV, les enfants, d'allouer une ligne budgétaire en faveur de la lutte contre les violences…"

Jean Fundi Kiparamoto

c-change-plan-general-2.jpg journée du 25 mai signature-engagement-jbs.jpg Le gouverneur de la Province Orientale, Jean Bamanisa Saidi, signe l'acte d'engagement contre les violences sexuelles et le vih c-change-eustache-1.jpg Eustache Dunia de C-Change expliquant le lien entre le violences et le vih c-change-dist-loi-jbs.jpg L'assistante au programme C-Change remet le journal officiel des lois contre les violences et sur le vih au gouverneur de province c-change-distr-lois-rfo.jpg Les membres de la Fondation Abraham/Etats-Unis lisent les lois. Ils sont venus remettre le prix Abraham des 24 femmes violées dans le RFO au gouverneur c-change-auditoire-copy-1.jpg Dominique Badibanga, coordonnateur provincial Provic/USAID c-change-champagnat.jpg Les chanteuses de l'orchestre Champagnat Musica de Kisangani

Date de dernière mise à jour : jeudi, 04 Juillet 2013

Karibunionline.e-monsite.com est un site Internet d'informations indépendant. Grâce à nos initiatives et celles de nos amis ainsi qu'aux encouragements du journal Mongongo, partenaire de Syfia Grands Lacs, le journal Karibu n'aurait pas pu être mis en ligne après 2 ans de dure labeur. Nous bénéficions aussi de la formation des journalistes dans le projet Média-Société Civile par MEPAD avec l'appui de Syfia Grands Lacs.    Rédacteur en Chef/administrateur du site:   Jean Fundi Kiparamoto. Conseil de rédaction: Jean Fundi K., Stéphane Katsourana, Doudou Tikaileli, Stéphane Muyaya, 17 ans. Nos contacts : Tél. +243 81 200 6207 / +243 97 032 9024   email: jfkt1963@yahoo.fr / karibuni_revue@yahoo.fr   Siège: Avenue Munyororo, 4, Immeuble Parisi, Commune Makiso, Kisangani, P.O, RDCongo.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site